J’interroge le désir humain d’enfermer, de contenir et de nier sa propre nature émotionnelle. Mon travail cherche à mettre en évidence le paradoxe entre notre désir de liberté et notre tendance à ignorer notre responsabilité envers l’environnement, l’humanité et nous-mêmes.
Ma démarche prend forme à travers la photographie, la sculpture, l’installation, le verre, le bois, le métal et les objets recueillis. Elle s’intéresse aux tensions entre fragilité et résistance, isolement et ouverture, monde intérieur et paysage extérieur.
Au cours des quinze premières années de ma carrière, j’ai créé des œuvres figuratives en peinture à l’acrylique et en dessin grand format. Vers les années 2000, mon travail a pris un virage vers l’abstraction et vers une approche plus intuitive de la création. Dans la série Enveloppé d’une fragilité humaine, je me suis laissé guider par un processus plus instinctif, sans chercher à tout contrôler. Comme dans un journal visuel, le geste devenait l’origine de l’image et révélait des états intérieurs.
La photographie est ensuite devenue un moyen de prolonger cette recherche. Elle me permet d’observer les paysages, les atmosphères, les fragments et les détails qui échappent souvent au regard. Je m’intéresse autant aux grandes présences du territoire qu’aux microcosmes presque invisibles. Dans mes séries photographiques, l’image devient un lieu d’attention lente, où la matière, la lumière et la perception transforment le réel.
Mes sculptures naissent souvent du jeu, de l’expérimentation et de la rencontre entre les matériaux. J’utilise le bois, le métal, le verre et des objets recueillis afin de faire dialoguer des textures et des formes parfois opposées: l’angulaire et le fluide, l’industriel et l’organique, la dureté et la transparence. Ces contrastes créent des tensions qui peuvent inviter à l’intimité, à l’introspection ou à une sensation d’enfermement.
Depuis plusieurs années, mon langage visuel traduit de plus en plus près l’emprisonnement de l’épanouissement humain, l’état de nos forêts et du monde naturel, ainsi qu’un cheminement intérieur lié à la société et à l’environnement en crise. Dans des installations comme Ego sentio, ergo sum, Internum fortitudinem et Continuum, les murs entièrement recouverts de noir deviennent des espaces d’isolement. Ils confrontent le public à une expérience physique et psychologique de la contrainte, tout en laissant apparaître la possibilité d’une ouverture.
À travers ces œuvres, je cherche moins à imposer une réponse qu’à créer un espace de regard. Mon travail invite à ralentir, à reconnaître notre vulnérabilité et à interroger la manière dont nous habitons le monde, notre rapport aux autres et notre propre intériorité.
Œuvres de la série Déracines, 2019-2020, verre, métal et bois



